Le collectif était une agence coopérative de communication dont j’ai fait parti sept ans. Composée de 5 freelances et d’un large réseau d’autres freelances, Surletoit intervenait dans les domaines Culturels et de la jeunesse, principalement par le biais de projets multimédia. On y retrouvait Veronica, Sonia, Mika, Patrick et ma pomme. Et pourquoi diable un collectif ? Parce qu’on est tous freelance depuis longtemps et qu’on connait la précarité de ce statut, les aléas des jobs, des rentrées d’argent incertaines, des semaines sans entrecôte ni frite. Alors en fonctionnant un peu comme un Kiboutz on se sent mieux, on s’entraide, on partage non seulement des clients mais aussi du savoir-faire, bref on est moins con que les autres. Ah, on me fait signe que non. Je me rappellerai toujours la tête de notre banquier quand on lui a dit qu’on devait tous avoir la signature sur le compte. Pourtant on s’est jamais engueulé pour l’argent, tout le monde a toujours été réglo. Une heure de travail était payée pareil pour chacun, on mettait 10% au pot commun. Les jours de galères on pouvait se prendre une avance. Du grand art. Franchement au début j’y croyais pas trop à cette Coop mais j’aimais bien les réunions du mardi car ça picolait grave. Je ne connaissais personne, c’était assez marrant. Plus on buvait plus le projet se structurait et plus je me sentais de gauche, la vraie, celle qui fait. Tous les mardis j’adoptai un discours partageux et révolutionnaire avec une haleine bien chargée. Mais on voyait quand même que je demeurais un sombre individualiste, anar et trop bavard. Un jour, en pleine réunion, on s’est tous endormis, comme ça, sans raison. Et moi, comme j’étais en chaussette, je suis parti sur la pointe des pieds, sans un bruit pour ne pas éveiller les soupçons. Ah putain ce Collectif : quelle époque ! On est resté en contact. Je suis même devenu très ami avec Mika, on continue de bosser ensemble.
Clients : CNRS, EHESS, Ministère de la Culture, Muséum national d’Histoire naturelle, Sorbonne Université, etc.
Nature du travail : identités, revues scientifiques, illustrations, sites internet

