Et puis un jour, cette Cabeza, je l’ai brûlée. Pour voir comment ça rendait. Tout de suite ça fait plus sérieux le noir. C’est pas Soulages qui disait ça ? Est-ce que c’était mieux avant — de tout cramer — ou bien l’outre noir nous fait-il passer dans la dramaturgie de l’œuvre au cri strident et désespéré ? Ce Grito Negro, s’il est bien éclairé, prend des reflets métallisés et devient la figure de proue du monde robotisé qui va tous nous anéantir. Le Terminator des thermites. Quand je taille ce genre de morceau de bois, ici de l’Ormeau de Dordogne, je me lance sans savoir où je vais. Un peu comme certains dessins au pinceaux. C’est la main qui décide. Les poulpes font ça également car ils ont des cerveaux dans chaque bras. C’est délicieux le poulpe. Je ne serais pas contre une fricassée humaine à l’occasion, une Daube de cuisses, un ragout des fessiers et ses os à moelle épinière, une salade d’yeux mi cuits… ça pourrait être le thème d’une expo à venir : mange ton prochain s’il est végétarien. Ce texte n’a pas grand chose à voir avec la sculpture je sais mais j’aime qu’une image soit accompagnée d’un cartel, d’un blabla, car c’est plus joli, c’est mon côté graphiste. Je ne suis pas toujours assez inspiré pour aller jusqu’en bas de la photo. J’ai demandé à Claude — l’I.A. — de m’étoffer celui-là. Il a obtempéré sans broncher, ce qui confirme que le monde robotisé est déjà là — et qu’il n’est pas végétarien pour un sou. D’ailleurs on se demande ce que mange une intelligence artificielle. Des données, probablement. Des métadonnées en entrée, une bonne purée de tokens en plat principal, et en dessert quelques hallucinations bien crémeuses servies avec la grimace. Le régime parfait pour quelque chose qui n’a ni bouche ni estomac ni le moindre remords. Moi j’ai les trois. C’est peut-être pour ça que je sculpte.
Grito Negro, Ormeau brûlé, 80x40x40 cm, 2800 €

